Bonjour, le congrès européen de la WONCA arrive à Paris dans 4 mois ! Bien qu'ayant en lien d'intérêt d'être membre du CMG qui organise le congrès, je ne peux que vous inciter à y participer ! Mon 1er congrès de la WONCA l'an dernier à Lisbonne était de très grande qualité, et je ne doute pas que celui de Paris sera au moins du même niveau ! Pour les infos sur le congrès, vous pouvez cliquer sur les icônes à peu près partout sur le blog.
1/ Cardiovasculaire
Pour commencer, voici les nouvelles recommandations américaines concernant l'embolie pulmonaire. Sur le diagnostic, les patients avec suspicion doivent être évalués par un score de risque (Wells ou Genève modifié). Lors que le risque est faible (< 15%) les critères PERC sont indiqué pour exclure l'EP ou reclassifier en risque intermédiaire. Lorsque le risque est intermédiaire, un dosage des D-Dimères avec un seuil placé à l'âge x 10 ou l'algorithme YEARS permettent d'exclure une EP. Si le risque est élevé, l'angioscanner est recommandé.
La sévérité est ensuite évaluée selon 5 stades, notamment grâce aux score Hestia, PESI ou sPESI : A: infraclinique/Asymptomatique, B: symptomatique avec score de sévérité faible, C: symptomatique a score de sévérité élevé, D et E : symptomatique avec hypotension, ou signes de choc. A partir du grade C, la mesure d'un marqueur cardiaque (BNP ou troponine), des lactates et une ETT sont recommandés.
La grosse partie de la prise en charge décrite concerne les EP grade C ou plus. Les EP grade B peuvent avoir un traitement en ambulatoire. En l'absence de facteur de risque majeur, une anticoagulation prolongée au delà des 3-6 mois initiaux est recommandée avec une demi-dose d'AOD dès le 1er épisode mais une décision partagée peut conduire à ne pas prolonger le traitement si c'est le 1er épisode. En cas de refus ou contre indication à une anticoagulation prolongée, l'aspirine peut être proposée; et en cas de récidive sous AOD demi-dose au long cours, un traitement au long cours pleine dose est indiqué . En cas de facteur de risque majeur (chirurgie, immobilisation, traumatisme majeur) il est recommandé de s'arrêter à 3-6 mois. En cas de facteur persistant, il est recommandé de poursuivre l'anticoagulation
Il est recommandé une consultation à 1 semaine, puis dans les 3 mois pour discuter de l'anti-coagulation et évaluer le risque d'hypertension pulmonaire thromboembolique chronique (persistance de symptômes tels que la dyspnée ou gène fonctionnelle). Après une EP, un examen clinique et la participation aux dépistages de cancers recommandés est recommandée, mais il est recommandé de ne pas faire de scanner ou autre pour chercher un cancer. Le bilan de thrombophilie est proposé si EP avant 55 ans sans facteurs de risque ou si antécédent familiaux de MTEV. Un antécédant d'EP peut indiquer le port de chaussettes de contention si avion > 5h (grade B d'après 1 ECR), et pourrait faire discuter une dose unique d'AOD (avis d'expert)
Ensuite, voilà les recommandations françaises concernant les dyslipidémies, publiées par les sociétés françaises d'endocrinologie, de diabétologie, d'athérosclérose et de cardiologie. Tout ce qu'il y a à en dire, c'est vivement les recos HAS réalisées avec une méthode GRADE. Bon, ces recos de sociétés savantes abordent le dépistage par EAL non à jeun, si maladie cardiovasculaire établie, VIH, HTA, diabète, obésité, maladie rénale, tabagisme, dyslipidémie au 1e degré et antécédents familiaux cardiovasculaires (homme < 55 ans, femme < 60 ans). Ce n'est que suggéré pour les autres situations d'inflammation ou en "dépistage" après 40 ans chez les hommes et 50 ans chez les femmes. Les causes de d’hyperlipidémies secondaires sont surtout l'hypothyroidie, la cholestase, la cytolyse hépatique, le syndrome néphrotique, les gammapathies monoclonales et les médicaments. Les hyertriglycéridémies sont essentiellement liées au diabète, à l'alcool et à l'obésité. Le risque cardiovasculaire est ensuite évalué avec le SCORE-2 et SCORE-2 OP. En cas de diabète, pas de SCORE-2 diabètes.... mais si micro-angiopathie ou diabète de plus de 10 ans ou atcd familial de maladie cardiovasculaire, il est recommandé de réaliser un score calcique. Et c'est ce score calcique qui classifie en haut risque si > 10 avant 50 ans ou > 100 après 60 ans! Même si le score peut permettre de reclassifier un peu, il n'a pas d'intérêt démontré pour définir une conduite thérapeutique. De plus, soit on utilise un score comme le score 2 diabète, soit on considère que tout patient diabétique est à haut risque et c'est ce que conduirait à conclure le score calcique vu les seuls proposés (mais en ayant coûté un TDM à tous les patients). L'article le plus récent des 2 pris en référence sur ce sujet dit d’ailleurs "un CAC ≥ 100 était associé à une ASCVD chez les participants atteints de DT2, mais cette relation n'était plus significative après ajustement pour tenir compte des covariable". Bref, sinon rien de très neuf par rapport aux recos de l'ESC de 2025. Le traitement du risque élevé repose sur les RHD (alimentation, activité physique, sevrage tabagique et réduction de l'alcool). Le traitement par statine est présenté en "baisse de LDL" selon les molécules et non par baisse de mortalité selon les molécules (pas très étonnant, car celles qui baissent le plus la mortalité, simva et pravastatine ne sont pas celles qui baissent le plus le LDL). En cas de haut risque la cible est de 0,7g/L de LDL et de 0,55g/L si très haut risque. En cas de risque modéré, il y a quand même une cible < 1,0g/L qui est proposée et de <1,3g/L si risque faible, conduisant donc à traiter presque toute la population de plus de 50 ans.
Après la revue systématique du BMJ sur la question, voici une nouvelle revue systématique comparant le clopidogrel versus l'aspirine en prévention secondaire au long cours. Bien que le clopidogrel soit significativement supérieur uniquement chez les hommes, l'absence de différence chez les femmes pourrait être lié à une sous-représentation dans les études car l'intensité d'effet était similaire à celle chez les hommes. Bref, il est probable que l'aspirine au long cours disparaisse... Rappelons tout de même l'inactivation du clopidogrel si omeprazole et esomeprasole, et qu'ils faut privilégier le pantoprazole qui est l'IPP avec le moins d’interactions (rabéprazole aussi mais il y a moins d'études pour le dire)
2/ Pneumologie
Les recommandations des vétérans américains concernant la PEC de l'asthme ont été publiées. Le traitement de 1ère ligne repose sur des corticoïdes inhalés et un LABA d'action rapide (formotérol) en traitement de crise. Si les symptômes ne sont pas légers ou intermittents, un traitement de fond avec CSI+formotérol à faible dose est recommandé. La réévaluation est réalisée à 3 mois pour discuter d'une intensification (augmentation des doses jusqu'au pallier 5 avec ajout d'un LAMA) et une décroissance peut être proposée après 3 mois de stabilité en l'absence de facteur de risque d'asthme sévère. Un plan d'action doit toujours être remis au patient. L'avis spécialisé est indiqué si haut dose de CSI nécessaire ou antécédent d'hospitalisation ou cause professionnelle.
3/ Gynécologique
Et voici l'essai "vitamine D" de la semaine : un essai randomisé testant vitamine D versus placebo pour améliorer la fertilité dans le SOPK chez des patients avec fécondation in vitro. Malheureusement et comme toujours, ça ne marche pas....
Dans une cohorte rétrospective danoise de 900000 patientes, 12% a eu un traitement hormonal de ménopause et 5,4% est décédée au cours du suivi de 14 ans. L'étude cherchait s'il le THM était associé à un sur-risque de mortalité. Ce n'était pas le cas, et il y avait même une réduction de mortalité chez les patientes de moins de 55 ans qui avait eu une ovariectomie bilatérale, notamment lorsque le THM était de moins de 5 ans. La baisse de mortalité globale chez l'ensemble des patientes et notamment est fortement limitée par les biais des études de cohorte et donc a revoir en essai randomisé. Enfin, les THM transdermiques, les prises cycliques (et non continues) et les monothérapies par œstrogène.
4/ infectiologie
Le JAMA aborde la coqueluche. L'incubation est de 7-10 jours, suivie d'une phase catarrhale de 1-2 semaines avec une rhinorrhée, une toux modérée et parfois une fièvre modérée. Puis survient la toux quinteuse caractéristique pendant 2-3 mois. La toux peut être responsable d'incontinence urinaire, de fractures, de syncopes, et la coqueluche peut se compliquer de pneumonies chez 5-10% des plus de 30 ans. Les symptômes s'atténuent ensuite pendant la phase de convalescence. Les symptômes peuvent être limités à 2 semaines de toux avec la vaccination. Le diagnostic clinique basé sur la toux et l'inspiration bruyante a un rapport de vraisemblance d'environ 2. Le diagnostic biologique peut être fait par culture nasopharyngée jusqu'à 2 semaines et la PCR jusqu'à 4 semaines. Le traitement repose sur l'azithromycine (500mg à J1 puis 250mg pendant 4 jours) ou la clarithromycine 500mg x2 pendant 7 jours). La contagiosité est jusqu'à la fin du traitement ou 21jours après le début des symptômes en l'absence d'antibiotiques. Un traitement prophylactique post-exposition est proposé pour les contacts au domicile, et l'entourage si asthme, BPCO, enfants, grossesse ou immunodépression, indépendamment du statut vaccinal. Le vaccin est efficace dans l'année jusqu'à 75% puis cette efficacité diminue à 35% entre 2 et 4 ans après (pas génial quoi...)
5/ Rhumatologie
Voici un étude transversale s'intéressant aux anomalies de la coiffe des rotateurs chez des patients de 40 à 75 ans finlandais symptomatiques et asymptomatiques... Les anomalies étaient majoritairement des ruptures partielles (62%), des ruptures totales (11%) et des tendinites (25%) .Bien que des anomalies aient été trouvées chez 98% des patients symptomatiques, 96% des patients asymptomatiques avaient également des anomalies... Seules les ruptures totales étaient plus fréquentes chez les patientes symptomatiques (14% vs 6%)
6/ Addictologie
Cet article du JAMA aborde les traitements des troubles de l'usage des opioïdes. On en a récemment parlé ici, et les recos HAS décrivant les modalité pratiques sont là. Quelques points complémentaires sont abordés concernant les traitements. La méthadone et la buprénorphine réduisent la mortalité globale des patients. La méthadone s'introduit après 12 à 72h d'abstinence avec un score COWS >8 . La dose est de 2-4mg à répéter après 2-8h en titration jusqu'à la dose de 8-16mg le 1er jour. Les jours suivants, la titration se poursuit plus lentement pour atteindre 12-24mg à J3. En cas de symptomes de sevrage spécifiques, des traitements adaptés peuvent être instaurés: diazepam ou hydroxyzine si anxiété/insomnie, naproxène ou ibuprofène ou paracetamol si céphalées, loperamide si diarrhées, ondanséron si vomissements. La Naloxone doit être prescrite si surdosage: 2-4mg en intra-nasal ou 0,2-2mg en IM, toutes les 3min tant que la FR est inférieure à 20 ou qu'il y a une cyanose.
7/ Diabétologie
Le NICE britannique a publié ses recommandations sur le diabète de type 2. La prise en charge repose avant tout sur les règles hygiéno-diététiques, l'éducation des patients et des soins personnalisés. La cible glycémique est de 6,5% pour les patients sous RHD et de 7% si traitement médicamenteux, mais il n'est pas recommandé d'intensifier avant 7,5% (donc la cible est de 7,5% en vrai) et ils peuvent être modifiés après décision partagée notamment chez les sujets plus âgés. Concernant le traitement, ça devient très intéressant : le traitement initial pour tous les diabétiques avec ou sans comorbidité est "metformine + inhibiteur de SGLT-2 " !!! Si la metformine est contre indiquée ou non tolérée: isGLT2 en monothérapie. Les aGLP1 sont systématique si maladie cardiovasculaire, soit une trithérapie d'emblée. Après, ça débloque un peu avec l'intensification par iDPP-4 et non aGLP-1 en cas d'absence de comorbidité ou de maladie rénale chronique (alors que les aGLP1 réduisent la mortalité dans cette situation) ou d'insuffisance cardiaque (alors que certains iDPP4 augmentent le risque de décompensation cardiaque). On voit une envie de limiter les coûts qui ont être augmentés par les iSGLT2 systématique, malgré les bénéfices des aGLP1. Enfin, il est clairement noté de ne pas donner de l'aspirine préventive chez le diabétique en prévention primaire.
Merci pour votre fidélité ! Vous pouvez toujours vous abonner sur Facebook, Twitter, Bluesky, LinkedIn et à la newsletter (mail) pour ne rater aucun billet. Pour cela, inscrivez votre adresse mail tout en haut à droite sur la page (sans oublier de confirmer l'inscription dans le mail provenant de "hi@follow.it" et intitulé "Veuillez confirmer votre abonnement à Médicalement Geek", qui vous sera envoyé et qui peut arriver dans vos spams)
A la semaine prochaine !
.png)





